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Économie du portage · 14 octobre 2026 · 7 min de lecture

Freelances en entreprise : six décideurs sur dix en font davantage appel

Freeland, maison mère de Codeur.com, a publié le 30 septembre 2026 le premier baromètre consacré à la place des indépendants dans les entreprises françaises, réalisé par l'institut Selvitys auprès de 500 décideurs. Le chiffre qui structure tous les autres : six sur dix ont accru leur recours aux freelances en cinq ans, et 93 % comptent maintenir ou amplifier la tendance. La raison invoquée n'est pas le prix — c'est la compétence.

Par La rédactionPublié le 14 octobre 2026
Deux piles de chemises bleu nuit rangées d’un côté d’un bureau crème, une chemise terracotta isolée de l’autre, un pied à coulisse de laiton posé ouvert dans l’écart entre les deux.
Deux piles de chemises bleu nuit rangées d’un côté d’un bureau crème, une chemise terracotta isolée de l’autre, un pied à coulisse de laiton posé ouvert dans l’écart entre les deux.Visuel d’illustration · non contractuel

Le débat sur le travail indépendant se tient d'ordinaire du côté de ceux qui l'exercent : leurs revenus, leur protection, leur statut. Le baromètre publié par Freeland le 30 septembre 2026 prend le problème par l'autre bout. Il interroge les entreprises qui font appel aux indépendants, et il ne leur demande pas leur opinion sur le portage salarial : il leur demande ce qu'elles achètent.

La réponse est nette, et elle contredit l'idée la plus répandue sur le sujet. Ce qu'elles achètent, c'est une compétence disponible à une date. Pas un prix.

Ce que dit le baromètre, en sept chiffres

L'étude a été conduite par l'institut Selvitys pour Freeland, maison mère de Codeur.com. La méthode est publiée par l'institut : sondage en ligne, 30 questions, environ cinq minutes, juin 2026, sur le territoire français, auprès de 500 décisionnaires en entreprise. Le communiqué, lui, est daté du 30 septembre 2026.

  • 60 % des répondants déclarent faire davantage appel aux freelances qu'il y a cinq ans. La hausse est plus marquée dans les fonctions marketing et communication (75 %) et commerciales (67 %).
  • 81 % confient au moins 10 % de leurs projets à des prestataires, et 53 % entre 10 % et 30 % de leurs projets.
  • 61 % des entreprises qui travaillent avec des indépendants en mobilisent deux à cinq par an ; 24 % en font venir au moins six. Le volume suit la taille des équipes : 62 % des services de cent personnes et plus travaillent avec six freelances ou davantage.
  • 93 % comptent maintenir (64 %) ou augmenter (29 %) ce recours dans les douze mois. Le mouvement est donc installé, pas conjoncturel.
  • 7,9 sur 10 : la note moyenne attribuée par les entreprises aux freelances avec lesquels elles collaborent, 83 % leur donnant 7 ou plus.
  • 52 % citent l'accès à des compétences rares ou spécialisées, 52 % la flexibilité, 34 % le coût, 21 % l'absence d'engagement dans la durée.
  • 30 % voient déjà dans le recours aux indépendants un mode de fonctionnement structurel et durable ; 58 % le considèrent encore comme une solution d'appoint.

Une demande de compétence, pas de statut

La hiérarchie des motivations est la partie la plus utile du relevé, parce qu'elle se lit comme une correction. Le coût n'arrive qu'en troisième position, cité par 34 % des répondants. L'absence d'engagement dans la durée — le soupçon habituellement porté sur l'externalisation — arrive dernière, à 21 %. Dans les fonctions commerciales, l'accès à des compétences que l'entreprise ne trouve pas en interne monte même à 61 %.

Autrement dit : l'entreprise ne cherche pas un moyen d'employer sans employer. Elle cherche une expertise qu'elle n'a pas, à un moment où elle en a besoin. Le livre blanc qui accompagne l'étude s'intitule d'ailleurs L'entreprise de compétences, et son résumé tient en une phrase reprise par le dirigeant de Freeland : la question n'est plus de savoir s'il faut recourir à des indépendants, mais comment les intégrer.

Cette formulation déplace la question du statut. Pour un consultant qui hésite entre micro-entreprise et portage salarial, elle vaut d'être lue deux fois. Ce que le client compare, ce ne sont pas vos charges sociales : c'est ce qu'il obtient à la date qu'il s'est fixée, et le risque qu'il prend en vous confiant le projet. Le portage salarial répond à cette seconde partie — un contrat de travail, une paie, un cadre — et c'est précisément ce que le baromètre met en avant quand il décrit ce qui distingue une collaboration réussie d'une collaboration décevante.

Le seul vrai point de friction : l'intégration

C'est le résultat le moins attendu de l'étude. Parmi les entreprises insatisfaites de leur collaboration, 17 % seulement invoquent le niveau de compétences techniques. 53 % citent des difficultés d'intégration dans l'équipe et la culture de l'entreprise. Un excellent expert mal introduit produit donc une mauvaise mission — et 87 % des entreprises se sont dotées d'un processus d'intégration au moins partiellement formalisé, ce qui se lit comme une réponse à ce constat.

Pour une société de portage, la leçon est opérationnelle : la valeur ajoutée ne s'arrête pas au bulletin de paie. Suivi de mission, interlocuteur désigné, restitution des connaissances en fin de mission — les conseils donnés par le dirigeant de Freeland aux entreprises qui recrutent des indépendants décrivent, presque ligne à ligne, ce qu'un bon accompagnement en portage doit fournir.

Ce que le carnet peut ajouter

Le baromètre mesure la demande. Il ne dit rien des frais de gestion, qui intéressent l'autre bout de la chaîne. Le carnet, lui, relève les frais affichés des trente-huit outils notés de son barème : dix seulement publient un taux chiffré, et ce taux va de 2 % à 10 % du chiffre d'affaires selon les outils et les profils. Les vingt-huit autres affichent « grille dégressive », « pourcentage du CA » ou rien du tout — une opacité que la page des taux non publiés recense entrée par entrée.

Rapprocher les deux séries donne une phrase simple : les entreprises interrogées choisissent un freelance pour une compétence, mais elles signent un contrat de portage pour un taux. C'est le taux qu'il faut comparer, et c'est le seul chiffre que la moitié du marché refuse de publier.

Les limites de l'étude

Trois réserves, qu'il faut garder en tête avant de citer ces chiffres.

Le commanditaire est un acteur du marché. Freeland est la maison mère de Codeur.com, plateforme de mise en relation entre entreprises et indépendants. Une étude commandée par un intermédiaire mesure aussi l'intérêt de cet intermédiaire. La méthode est solide et publiée ; la conclusion, elle, sert un discours commercial, ce que le communiqué revendique d'ailleurs explicitement.

Un sondage déclaratif, en ligne, sur 500 décideurs. C'est un échantillon respectable pour un baromètre, mais il mesure des intentions et des perceptions : « faire davantage appel » est une déclaration, pas un volume de missions. Aucun chiffre de facturation ne vient corroborer la hausse constatée.

Aucun classement sectoriel n'est possible. Interrogé sur les secteurs qui recourraient le moins aux indépendants, le dirigeant de Freeland refuse lui-même de conclure, et le dit : l'étude ne permet pas d'établir un tel classement. Ceux qui en tireront un inventeront.

Ce que cet article ne dit pas

Cet article ne compare pas le portage salarial à la micro-entreprise : l'étude ne mesure ni le coût du travail, ni la protection sociale, ni la fiscalité des indépendants, et ne permet donc aucune comparaison de ce genre. Il ne dit pas non plus que les entreprises choisissent le portage : le baromètre n'interroge pas les décideurs sur les statuts, et la seule mention du portage dans les réponses publiées est celle du dirigeant de Freeland, qui le présente comme « une réponse pertinente lorsque les conditions de la mission s'y prêtent ». Cette condition n'est pas un détail : une mission à temps plein chez un client unique, conduite sous ses directives, ne relève pas du portage mais du salariat déguisé.

Questions fréquentes

Qui a réalisé le baromètre Freeland sur les freelances en entreprise ?
L'institut Selvitys, pour le compte de Freeland, maison mère de la plateforme Codeur.com. Le communiqué est daté du 30 septembre 2026. La méthode publiée par Selvitys est un sondage en ligne de 30 questions, d'environ 5 minutes, passé en juin 2026 en France auprès de 500 décisionnaires en entreprise. Freeland est donc à la fois le commanditaire et un acteur du marché qu'il mesure : la note est à lire avec cette réserve.
Les entreprises font-elles appel aux freelances pour payer moins cher ?
Le baromètre répond non. Les deux motivations citées en premier sont l'accès à des compétences rares ou spécialisées et la flexibilité (52 % chacune), devant le coût (34 %) et l'absence d'engagement dans la durée (21 %). Dans les fonctions commerciales, l'accès aux compétences monte même à 61 %. C'est une demande d'expertise et de réactivité, pas d'économie.
Le portage salarial est-il concerné par cette évolution ?
Oui, à deux titres. Le cadre salarié du portage répond à la durée : 31 % des missions confiées aux indépendants dépassent six mois, et 48 % de celles-là se font à temps plein. Il répond aussi au point de friction principal du baromètre, l'intégration dans l'équipe (53 % des insatisfactions), puisque la société de portage porte le contrat de travail, la paie et le cadre juridique. Le portage suppose toutefois que la mission conserve son autonomie : le carnet documente cette condition et les effets de seuil du barème dans sa page des biais.
Combien d'entreprises n'ont pas recours aux freelances ?
12 % selon le baromètre, et rarement par rejet : parmi elles, 44 % invoquent surtout une préférence pour les contrats salariés. Cette réserve recule d'elle-même, puisque 41 % de ces entreprises envisagent d'y recourir à court ou moyen terme et que 11 % seulement l'excluent quoi qu'il arrive. Les deux déclencheurs cités sont une meilleure sécurité juridique et une baisse du coût perçu, à 27 % chacun.
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Sources

Ce blog est écrit par l’exploitant du carnet, sans société de portage éditrice ni lien affilié. Une correction à apporter ? Elle se fait dans l’espace de méthode, sources à l’appui.